
Le droit du patient
le code de déontologie médicale rappelle explicitement
le droit du patient et la manière dont le praticien doit
le respecter :
Article 6 : le médecin doit respecter le droit que
possède toute personne de choisir librement son médecin.
Il doit lui faciliter l'exercice de ce droit. les
articles 45, 58, 60, 93, complètent ce sens.
Article 7 : Le médecin doit écouter, examiner,
conseiller ou soigner avec la même conscience toutes
personnes quels que soient leur origine, leur moeurs et
leur situation de famille, leur appartenance ou leur non
- appartenance à une ethnie, une nation ou une religion
déterminée, leur handicap ou leur état de santé, leur
réputation ou les sentiments qu'il peut éprouver à leur
égard. Il doit leur apporter son concours en toutes
circonstances. Il ne dois jamais se départir d'1
attitude correcte et attentive envers la personne
examinée.
Or, non seulement c'est son droit le plus strict , mais
ce droit est clairement inscrit dans la loi. Le petit
dictionnaire des droits des malades (Seuil, 2003) de
Claude Evin, précise à ce sujet : "le droit du malade au
libre choix de son praticien et de son établissement de
santé est un principe fondamental de l'institution
sanitaire".
Exclusif !
Pour Jacques Chirac, un patient n'a pas le droit de
choisir son médecin
À propos de la déclaration du président de la
république, le 18 décembre dernier
Martin Winckler
(Martin Winckler est médecin, écrivain et chroniqueur
radio sur France Inter)
Article extrait du site :
http://martinwinckler.com/
Parmi toutes les déclarations qui ont été faites autour
de la question du voile/foulard, il en est une qui m'a
particulièrement choqué et qui semble être passée
inaperçue, jusques et y compris dans le récent discours
de Jacques Chirac sur la laïcité. Elle ne concernait pas
les lycéennes, mais les femmes qui sont amenées à
consulter dans un hôpital. Certains (des médecins, pour
beaucoup) s'indignaient du fait qu'une femme puisse
refuser d'être examinée par un homme, et trouvaient cela
" Inadmissible ". Cette opinion était noyée dans le
vacarme ambiant, mais m'avait déjà paru significative
d'une idéologie fortement ancrée dans la profession
médicale.
Or, Jacques Chirac a clairement déclaré dans sa
déclaration du 18 décembre :
" A l'hôpital, rien ne saurait justifier qu'un patient
refuse, par principe, de se faire soigner par un médecin
de l'autre sexe. Il faudra qu'une loi vienne consacrer
cette règle pour tous les malades qui s'adressent au
service public. "
Autrement dit, les patients doivent se présenter devant
les médecins du service public sans rien afficher de
leurs convictions... ni de leurs préférences. Cette
extension de la " laïcité obligatoire " hors de l'école
est en train de faire des petits : un maire déclarait
récemment interdire le port de tout signe religieux dans
sa mairie, ce qui signifie, si cette attitude est
adoptée partout que, de fait, on ne pourra plus se
marier avec un voile si on est musulman, mais on ne
pourra pas non plus, en toute bonne logique, se marier
civilement en robe blanche juste avant d'aller à
l'église ou à la synagogue...
Cela signifie, également, pour aller jusqu'au bout de la
logique réactionnaire qui exige que le service public
impose la laïcité à tous, que les femmes musulmanes ne
seront plus admises à entrer voilées dans les services
publics que sont la Poste, les caisses d'allocations
familiales, les caisses d'assurance-maladie, les centres
de PMI, etc.
Personnellement, je vois là une grave atteinte aux
libertés. Pas vous ?
On me rétorquera qu'il n'est pas question de ça. Mais si
l'on suit ce que disent les partisans les plus
fanatiques de la laïcité obligatoire, il est bien
question de ça, et de rien d'autre. Il est question de
dire que la liberté de pensée et l'égalité des citoyens
(ou du non-citoyen, d'ailleurs) cessent à l'entrée du
service public. La déclaration de Jacques Chirac citée
plus haut est à cet égard exemplaire.
Examinons ensemble l'affirmation selon laquelle : " À
l'hôpital, il est inadmissible qu'un patient refuse
d'être soigné par un patient de l'autre sexe - autrement
dit " qu'une femme voilée refuse d'être examinée par un
homme ".
D'après cette affirmation, à l'hôpital, un patient n'a
pas le droit de récuser un médecin.
Or, cette affirmation remet en cause toutes les règles
d'exercice de la médecine, et un certain nombre de lois
!
Du point de vue du professionnel, d'abord :
Le code de déontologie médicale dit en effet tout le
contraire :
Article 6 : Le médecin doit respecter le droit que
possède toute personne de choisir librement son médecin.
Il doit lui faciliter l'exercice de ce droit.
Les articles 45, 58, 60, 68 et 93 rappellent
explicitement ce droit et la manière dont le praticien
doit le respecter.
L'article 7 précise également : Le médecin doit écouter,
examiner, conseiller ou soigner avec la même
conscience toutes les personnes quels que soient leur
origine, leurs moeurs et leur situation de famille, leur
appartenance ou leur non-appartenance à une ethnie, une
nation ou une religion déterminée, leur handicap ou leur
état de santé, leur réputation ou les sentiments qu'il
peut éprouver à leur égard. Il doit leur apporter
son concours en toutes circonstances. Il ne doit jamais
se départir d'une attitude correcte et attentive envers
la personne examinée.
Du point de vue des lois et des droits des citoyens,
ensuite :
On a beaucoup entendu des femmes (françaises, blanches,
non voilées) invoquer le droit de pouvoir consulter des
gynécologues femmes afin de ne pas obligatoirement être
examinées par des hommes. Cette revendication
cesserait-t-elle d'être légitime pour les femmes voilées
? Si la réponse est oui, elle cesse de l'être pour
toutes les femmes, et donc pour tous les citoyens et une
patiente, quelle qu'elle soit, qui entrera à l'hôpital,
cessera de pouvoir récuser un médecin.
Or, nous savons bien qu'il n'en sera rien. Les plus
riches ont toujours pu choisir leur lieu
d'hospitalisation et leurs médecins - ou récuser ceux
dont ils ne veulent pas parce que leur nom, leur couleur
de peau ou leur sexe leur déplaît.
A l'opposé, dans la réalité, et c'est tant mieux, il est
de plus en plus courant que des patientes hospitalisées
expriment clairement qu'elles désirent être suivies par
un médecin plutôt que par un autre, qu'il s'agisse d'une
question de sexe ou simplement d'affinité.
On ne voit donc pas pourquoi - à moins que la religion
(musulmane, essentiellement) soit un motif de perte des
droits civiques... - une femme voilée, lorsqu'elle entre
à l'hôpital, n'aurait pas le droit de récuser tel
soignant pour en choisir un autre. Quel que soit son
motif.
Or, non seulement c'est son droit le plus strict, mais
ce droit est clairement inscrit dans la loi. Le Petit
dictionnaire des droits des malades (Seuil, 2003) de
Claude Evin, précise à ce sujet : " le droit du malade
au libre choix de son praticien et de son établissement
de santé est un principe fondamental de l'institution
sanitaire ".
Claude Evin reconnaît que ce choix n'est pas toujours
possible s'il n'existe dans un service qu'un seul
médecin pour une spécialité donnée, mais à cette
restriction qui tombe sous le sens on peut tout de même
apporter deux nuances de taille :
1° la profession médicale s'est fortement féminisée au
cours des années écoulées. Il est donc exceptionnel
qu'une spécialité ne soit assurée que par des hommes
(sauf quand les médecins hommes ne l'entendent pas de
cette oreille...).
2° si une patiente récuse un médecin parce que c'est un
homme et qu'il n'y a pas de femme pour l'examiner, elle
a parfaitement le droit d'aller consulter ailleurs (on
sait cependant que les médecins détestent que les
patients quittent l'hôpital sans leur bénédiction...) et
le médecin (toujours le code de déontologie, article 60)
a l'obligation de l'adresser à un praticien qui
correspond à son choix ! ! ! ! ! ! !
Certains craignent que le mari d'une femme voilée ne
veuille pas que sa femme soit examinée par un homme. Ce
type de situation, probablement exceptionnel, ne
sera-t-il pas mieux résolu par la discussion que par la
rigidité ? Et est-il toujours impossible de trouver un
médecin femme ? Bien sûr que non. Encore faut-il le
vouloir. Encore faut-il admettre que le médecin de
service public est au service du patient, et que ce
n'est pas au patient de se plier aux exigences des
médecins...
Bref, tout cela me rappelle furieusement la levée de
boucliers (médicaux) lorsque, en septembre 2002, j'avais
évoqué le refus, par une patiente témoin de Jéhovah, de
subir des transfusions répétées.
Derrière l'invocation de la laïcité, qui devrait, si
l'on en croit certains, être appliquée de manière
absolument autoritaire à tous les domaines de la vie
publique, se cache une intolérance croissante. Le fait
que cette intolérance trouve un écho puissant parmi les
médecins est significatif. Le corps (on devrait dire le
cadavre) médical sous sa forme la plus sûre d'elle, la
plus bourgeoise, la plus installée, a toujours été du
côté du pouvoir et des bien-pensants. Le plus drôle,
c'est que les enseignants font très souvent les frais de
l'intolérance des médecins et de leur refus de discuter,
mais que beaucoup de ces mêmes enseignants se retrouvent
objectivement du côté des médecins quand il s'agit de
refuser à certaines patientes des droits qu'eux-mêmes
revendiquent...
Car, malheureusement, la liberté de choix des patients
ainsi que l'accès au soins sont depuis très longtemps
bafoués dans le service public comme dans l'exercice dit
"libéral" :
instauration d'une médecine à deux vitesses par
l'instauration de consultations " privées " (où les
honoraires sont libres et où les praticiens reçoivent
seul à seul) et de consultations " publiques " (où les
honoraires sont fixés par la sécu, mais où on se fait
examiner à la chaîne devant plusieurs personnes) ;
- fermetures inconsidérées de maternités ou de services
dans des zones qualifiées de " non rentables " ;
- pénurie de moyens et de personnel dans les régions
déjà défavorisées ;
- refus de soin quand les patients sont qualifiés de "
trop vieux " ;
- traitements imposés sans consentement, etc.
Mais cela, Jacques Chirac n'en parle pas. Comme si cela
n'existait pas. Et les sommités de la profession
médicale n'en parlent pas non plus.
Seuls les praticiens de terrain, qui soignent les plus
démunis, attirent actuellement l'attention sur les
atteintes à la liberté de choix et à l'égalité des soins
que nombre de patients subissent pour des raisons
religieuses, politiques et économiques (les trois vont
souvent de pair...). Malheureusement, ces praticiens-là
ne s'expriment pas à l'assemblée nationale ou à la
télévision. (Mais on peut s'abonner à l'excellente revue
Pratiques pour avoir une idée de ce qui se dit et se
fait hors des discours officiels...).
Je trouve la déclaration du président de la République
inconsidérée, indélicate et liberticide. A mes yeux,
elle fait preuve non seulement d'ignorance mais d'une
insuffisance de réflexion assez confondante venant du
chef de l'état.
Il y a quelques semaines, j'ai reçu au centre de
planification du Centre Hospitalier du Mans, où je
travaille, une femme catholique pratiquante, tiraillée
entre ses convictions religieuses et sa crainte d'être
encore une fois enceinte. Elle avait commencé la
consultation en disant : Vous allez sûrement trouver que
je suis rétrograde.
Elle m'a confié des préoccupations qu'elle n'avait pas
pu livrer à son médecin habituel, parce qu'il lui a
toujours laissé entendre que ses convictions religieuses
étaient " débiles ". Un jour, elle a décidé qu'elle en
avait assez de se faire insulter et elle a changé de
médecin. Certes, ça n'a pas réglé tous ses problèmes,
mais au moins, elle a pu les mettre à plat. Et si elle
est venue consulter au centre de planification (public
et remboursé par la sécurité sociale) c'est parce qu'il
y a quelques mois, plusieurs gynécologues privés du Mans
(ces mêmes gynécologues qui se targuent de représenter
la liberté des femmes !) se sont déconventionnés et
pratiquent désormais des tarifs nettement au-dessus de
ses moyens.
Deux heures plus tôt, j'avais reçu une patiente
musulmane, voilée, qui m'a déclaré : Moi, je ne peux pas
consulter un médecin homme parce que mon mari ne veut
pas qu'un homme me touche. Mais j'ai des questions à
poser, et j'ai besoin d'avoir des réponses. On (la
conseillère de planification, qui fait des interventions
dans les quartiers) m'a dit qu'ici, on pouvait me
répondre. Est-ce que vous voulez bien répondre à mes
questions ?
J'ai répondu à ses questions - je pouvais parfaitement
le faire sans l'examiner, et d'ailleurs, je n'ai pas le
droit d'examiner quelqu'un de force. Et je n'ai pas
l'habitude de pratiquer le chantage en assujettissant
mes conseils à un examen. Quand elle a été sur le point
de sortir, elle a dit : " Maintenant, je suis rassurée,
je voulais savoir quel genre de médecin il y avait dans
ce service. Est-ce que je peux vous envoyer ma fille ? "
Je suis fier d'exercer la médecine dans un centre de
soins du service public, parce que je suis heureux de
pouvoir y accueillir tous ceux et toutes celles qui
attendent de moi que je leur vienne en aide, sans
distinction d'origine, de milieu social, de religion ou
de conviction.
Mais comment Jacques Chirac (et ceux qui le conseillent,
tel l'inénarrable Jean-François Mattéi) qui n'ont jamais
mis les pieds dans un centre de soin du service public,
pourraient-ils savoir ce que " soin " et " liberté "
veulent dire ?
Martin Winckler
(Martin Winckler est médecin, écrivain et chroniqueur
radio sur France Inter)
Article extrait du site :
http://martinwinckler.com/

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